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Nouveau rapport de l’IPBES : Les valeurs de la nature sont rarement prises en compte dans les décisions politiques 

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11 juillet 2022 : Communiqué  de presse

Les décisions fondées sur un ensemble limité de valeurs marchandes de la nature alimentent la crise mondiale de la biodiversité. 
Plus de 50 méthodes et approches pour rendre visibles les diverses valeurs de la nature. 

La manière dont la nature est prise en compte dans les décisions politiques et économiques est à la fois un facteur clé de la crise mondiale de la biodiversité et une opportunité vitale pour y remédier, d’après une évaluation méthodologique menée pendant quatre ans par 82 scientifiques et experts renommés originaires de toutes les régions du monde. 

Approuvé samedi (09 juillet 2022, ndlr) par les représentants des 139 États membres de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), le Rapport d’évaluation sur l’estimation des valeurs de la nature et les différentes valeurs de la nature constate que les profits à court terme et la croissance économique font l’objet d’une attention prédominante dans le monde entier, tandis que les multiples valeurs de la nature sont rarement prises en compte dans les décisions politiques. 

Les décisions économiques et politiques ont donné la priorité à certaines valeurs de la nature, en particulier les valeurs instrumentales de la nature basées sur le marché, telles que celles associées à la nourriture produite de manière intensive. Bien qu’elles soient souvent privilégiées dans l’élaboration des politiques, ces valeurs marchandes ne reflètent pas adéquatement la manière dont les changements dans la nature affectent la qualité de vie des personnes. En outre, l’élaboration des politiques néglige les nombreuses valeurs non marchandes associées aux contributions de la nature aux personnes, telles que la régulation du climat et l’identité culturelle. 

« Plus de 50 approches et méthodes d’estimation des valeurs existent ; Il n’y a donc pas de pénurie de moyens et d’outils pour rendre visibles les valeurs de la nature », déclare Pr. Unai Pascual (Espagne/Suisse), codirecteur de l’Évaluation avec Pr. Patricia Balvanera (Mexique), Pr. Mike Christie (Royaume-Uni) et Dr. Brigitte Baptiste (Colombie). « Seuls 2 % des plus de 1 000 études examinées consultent les parties prenantes sur les résultats de l’estimation des valeurs et seulement 1 % des études impliquent les parties prenantes à chaque étape du processus d’estimation des valeurs de la nature. Ce qui manque donc, c’est l’utilisation de méthodes d’estimation des valeurs pour remédier aux asymétries de pouvoir entre les parties prenantes et pour intégrer de manière transparente les diverses valeurs de la nature dans l’élaboration des politiques ». 

Résolument interdisciplinaire et fondée sur un examen approfondi mené par des experts en sciences sociales, humaines et économiques, cette étude s’appuie sur plus de 13 000 références, dont des publications scientifiques et des sources d’information issues des savoirs autochtones et locaux. Elle s’appuie également directement sur le Rapport d’évaluation mondiale 2019 de l’IPBES, qui présente le rôle de la croissance économique comme l’un des principaux moteurs de la destruction de la nature, responsable de la menace d’extinction pesant sur un million d’espèces végétales et animales. 

Afin d’aider les décideurs à mieux comprendre les manières très différentes dont les personnes conçoivent et apprécient la nature, le rapport propose une typologie originale et complète des valeurs de la nature. Cette dernière met en avant la manière dont les différents systèmes de connaissances et visions du monde influent sur la façon dont les personnes interagissent avec la nature et l’importance qu’elles lui accordent. Afin de rendre cette typologie utile à la prise de décision, les auteurs présentent quatre perspectives générales. C’est-à-dire : vivre de la nature, avec la nature, dans la nature et comme la nature. Vivre de la nature met l’accent sur la capacité de la nature à fournir des ressources pour assurer les moyens de subsistance, les besoins et les désirs des êtres humains comme la nourriture et les biens matériels. Vivre avec la nature met l’accent sur la vie des « êtres vivants non humains », par exemple le droit intrinsèque d’un poisson à vivre librement dans une rivière, quels que soient les besoins des personnes. Vivre dans la nature renvoie à l’importance de la nature en tant que cadre contribuant à forger un sentiment d’appartenance et l’identité des personnes. Vivre comme la nature illustre la connexion physique, mentale et spirituelle des êtres humains avec la nature. 

Le rapport indique que le nombre d’études évaluant la nature a augmenté en moyenne de plus de 10 % par an au cours des quatre dernières décennies. Les principaux sujets des études d’estimation des valeurs récentes (2010-2020) sont l’amélioration de l’état de la nature (65 % des études d’estimation des valeurs examinées) et l’amélioration de la qualité de vie des êtres humains (31 %), loin devant l’amélioration des questions concernant la justice sociale (seulement 4 %). 74 % des études d’estimation des valeurs se sont centrées sur les valeurs instrumentales, 20 % sur les valeurs intrinsèques et seulement 6 % sur les valeurs relationnelles. 

« L’Évaluation des valeurs fournit des méthodes et des outils concrets aux décideurs pour mieux comprendre les valeurs de la nature que les individus et les communautés accordent à la nature », déclare Dr. Balvanera. « Par exemple, elle met en évidence cinq étapes itératives pour concevoir une estimation des valeurs adaptée aux besoins des différents contextes décisionnels. Le rapport fournit également des lignes directrices sur la manière d’améliorer la qualité de l’estimation des valeurs en tenant compte de la pertinence, de la robustesse et des besoins en ressources des différentes méthodes d’estimation des valeurs.» 

« Différents types de valeurs peuvent être examinées à l’aide d’un éventail d’indicateurs et de méthodes d’estimation des valeurs. Ainsi, un projet de développement peut générer des avantages économiques et des emplois, pour lesquels les valeurs instrumentales de la nature peuvent être évaluées, mais il peut également entraîner la disparition d’espèces, associée aux valeurs intrinsèques de la nature, et la destruction de sites patrimoniaux importants pour l’identité culturelle, affectant ainsi les valeurs relationnelles de la nature. Le rapport fournit des conseils pour combiner ces valeurs très diverses.» 

« L’estimation des valeurs est un processus intentionnel et explicite », affirme Pr. Christie. « Le type et la qualité des informations que les études d’estimation des valeurs peuvent produire dépendent largement de la façon dont l’estimation des valeurs est conçue et appliquée, c’est-à-dire, qui s’en est chargé, comment et pourquoi. Cela influe sur les valeurs de la nature qui sont reconnues dans les décisions et sur la façon dont les avantages et les charges de ces décisions sont répartis équitablement. » 

« La reconnaissance et le respect des visions du monde, des valeurs et des connaissances traditionnelles des populations autochtones et des communautés locales , renforcent la dimension inclusive des politiques, ce qui se traduit également par de meilleurs résultats pour les êtres humains et pour la nature », a déclaré le Dr Baptiste. « De même, la reconnaissance du rôle des femmes dans la gestion de la nature et le dépassement des asymétries de pouvoir fréquemment liés au statut de genre peuvent contribuer à l’intégration de la multiplicité des valeurs dans les décisions concernant la nature. » 

Le rapport montre qu’il existe un certain nombre de valeurs profondément ancrées qui peuvent être alignées sur la durabilité, en mettant l’accent sur des principes tels que l’unité, la responsabilité, l’intendance et la justice, tant envers les autres personnes qu’envers la nature. « Orienter la prise de décision vers les multiples valeurs de la nature est un élément très important du changement profond du système, lequel est nécessaire pour lutter contre la crise mondiale de la biodiversité actuelle », déclare Dr. Balvanera. « Cela implique de redéfinir ‘développement’ et ‘bonne qualité de vie’ et reconnaître la multiplicité des relations des êtres humains entre eux et avec le monde naturel. » 

Les auteurs présentent quatre « leviers » centrés sur des valeurs qui peuvent contribuer à créer les conditions nécessaires au changement porteur de transformation indispensable pour que l’avenir soit plus durable et plus juste :  

  • Reconnaître les diverses valeurs de la nature  
  • Intégrer différentes valeurs dans le processus décisionnel  
  • Réformer les politiques et stimuler le changement institutionnel 
  •  Modifier les normes et les objectifs au niveau de la société pour soutenir les valeurs alignées sur la durabilité dans tous les secteurs 

« Notre analyse montre que diverses voies peuvent contribuer à la réalisation d’un avenir juste et durable. Le rapport accorde une attention particulière aux voies d’avenir liées à l’économie verte », la « décroissance », la  » gouvernance de la Terre » et la « protection de la nature ». Bien que chaque voie soit soutenue par des valeurs différentes, elles partagent des principes alignés sur la durabilité », a ajouté le Pr. Pascual. « Les voies découlant de diverses visions du monde et systèmes de connaissances, par exemple celles associées au bien vivre et à d’autres philosophies du bien vivre, peuvent également mener à la durabilité. » 

Parmi les autres outils proposés par le rapport pour renforcer la prise en compte d’une plus grande diversité de valeurs de la nature dans le processus décisionnel figurent : un examen des points d’entrée pour l’estimation des valeurs à tous les stades du cycle politique ;six lignes directrices interdépendantes centrées sur les valeurs pour promouvoir les voies de la durabilité ; une évaluation du potentiel de différents instruments politiques environnementales pour soutenir un changement transformateur vers des futurs plus durables et plus justes en représentant diverses valeurs, et la représentation détaillée des capacités requises des décideurs pour favoriser la prises en compte et l’intégration des diverses valeurs de la nature dans les décisions. 

« La biodiversité est en déclin et la dégradation des contributions apportées par la nature aux populations connaît un rythme sans précédent dans l’histoire de l’humanité », déclare la Présidente de l’IPBES, Ana María Hernández Salgar. « Cela est largement dû au fait que notre approche actuelle des décisions économiques et politiques ne tient pas suffisamment compte de la diversité des valeurs de la nature. L’Évaluation des valeurs réalisée par l’IPBES paraît à un moment critique ; elle précède le cadre mondial de la biodiversité pour la prochaine décennie que devraient mettre au point les Parties à la Convention sur la diversité biologique avant la fin de l’année. Les informations, les analyses et les outils fournis par cette évaluation représentent des contributions précieuses à cette initiative, à la réalisation des objectifs de développement durable et à la réorientation de toutes les décisions afin qu’elles soient suivies de résultats davantage centrés sur les valeurs et bénéficiant à l’humanité et au reste de la nature. » 

À propos de l’IPBES

Souvent décrit comme le « GIEC de la biodiversité », l’IPBES est un organisme intergouvernemental indépendant comprenant 139 États membres. Mis en place par les gouvernements en 2012, il fournit aux décideurs des évaluations scientifiques objectives de l’état des connaissances sur la biodiversité de la planète, les écosystèmes et les contributions qu’ils apportent aux populations, ainsi que les outils et les méthodes permettant de protéger et d’utiliser durablement ces atouts naturels vitaux. Pour plus d’informations sur l’IPBES et ses évaluations, veuillez consulter l’adresse suivante : www.ipbes.net 

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